féminisme, réflexions

Le sexisme des jouets

Les jouets ne sont pas des objets anodins : ils transmettent un certain rapport au monde et à soi. Dans la société sexiste qui est la nôtre, ils jouent un rôle majeur dans la construction de l’identité de genre et constituent la pierre angulaire de l’apprentissage des rapports sociaux de sexe. (Contre les jouets sexistes, p.126)

Cet article fait suite à celui sur les lectures féministes pour enfants. Ma volonté d’inculquer à ma fille une éducation non sexiste n’engendre pas mathématiquement des choix toujours parfaits et appropriés, car je suis moi-même empreinte d’un tas de représentations qu’il n’est pas si simple de déconstruire. Être vigilante sur chacun de mes actes, chacune de mes paroles, chacun de mes achats, exige un engagement et une maîtrise de soi constante, dont je ne suis pas capable. Je ne peux pas non plus imposer mes choix et mes idées à ma fille, qui est un individu libre. Mon rôle est à mon sens de la guider en lui donnant confiance en elle, en lui faisant se sentir égale aux autres, aussi compétente qu’un garçon, en lui ouvrant un maximum le champ des possibles afin qu’elle ne soit pas enfermée dans un rôle qui la contraint socialement à agir d’une certaine manière (avec douceur par exemple), à aimer certaines choses (comme les princesses), où à faire certains choix (comme faire de la danse plutôt qu’un sport d’équipe).

C’est pétrie de ces bonnes intentions et armée de cette fièvre militante que j’ai lu il y a quelques années (après la naissance de ma fille) l’ouvrage collectif Contre les jouets sexistes, paru aux éditions L’Echappée. A son origine, des membres et sympathisant.e.s de l’association Mix-cité (dissoute aujourd’hui) et du Collectif contre le publisexisme. L’ouvrage est construit en deux parties. La première présente d’un point de vue théorique le sexisme dans les jouets et la construction sociale du genre et de la norme. La seconde propose des pistes d’action et de réflexion sur la socialisation de l’enfant par le jeu. Il ne s’agit donc pas uniquement d’essayer d’exclure (ou de limiter) les jouets qui portent en eux des assignations de genre discriminantes, mais de favoriser certaines formes de jeu. Les auteurs proposent notamment de sortir du consumérisme, de se diriger vers des jouets qui laissent place à l’inventivité et à la collaboration plutôt qu’à des scénarios pré-établis, et de proscrire les jeux qui banalisent la violence. Une revue complète de l’ouvrage est disponible ici.

Contre-les-jouets-sexistes

Bon, et concrètement, qu’est-ce que je fais de tout ça, est-ce aussi simple à mettre en pratique ? Forcément non. Déjà, on ne vit pas avec nos enfants dans une bulle. On vit avec eux en société, on fréquente et on rencontre des gens qui sont parfois insensibles voire opposés à l’éducation d’un enfant en tant qu’individu et non en tant que fille ou garçon. Et notre enfant socialise avec d’autres enfants éduqués différemment. Il joue avec les jouets des autres, demande les mêmes que ses copines et copains.

Je vous propose tout de même quelques pistes non exhaustives, inspirées par ce bouquin, que j’essaie de suivre avec ma fille de 5 ans :

  • Éviter autant que possible les jouets dont l’usage est mixte mais qui sont customisés en fonction du genre. Comme un vélo pour filles donc rose avec des princesses Disney. Autant dire que Mr Abernathy et moi avons galéré pour lui trouver un vélo non genré. Il est rouge, et nous l’avons trouvé chez un vendeur spécialisé. Pour les autres jouets, nous varions les couleurs pour qu’elle n’ait pas l’impression que seuls les jeux aux couleurs et motifs girly lui sont adressés et que les couleurs roses et violettes ne constituent pas une gamme chromatique identitaire.
  • Bannir les publicités. Les dépliants et catalogues publicitaires n’entrent pas chez moi et ma fille ne regarde pas les chaînes de télévision, qui matraquent les enfants de réclames publicitaires. Elle regarde des dessins animés sur Netflix et sur Youtube.
  • Dans la même ligné, j’évite les jouets à l’effigie de personnages de dessin-animés, à quelques exceptions pour les Disney qui constituent pour ma fille un facteur de socialisation important. Mais ça se limite à quelques poupées.
  • Éviter également (ou limiter) les gammes « filles » des Lego et Playmobil. C’est difficile car ce sont les gammes qu’elle me demande. Du coup, je fais des compromis. Oui pour des Lego Friends mais ce ne sera pas ceux de la boutique de toilettage pour chiens. La marque a d’ailleurs créé le personnage d’Olivia qui a un profil de « geek-ingénieur ». Elle fabrique des robots ! Et les boites de constructions mixtes (lego classic) sont plus intéressantes. Elles laissent davantage cours à l’imagination.
  • Varier les modèles de Barbies. J’ai attendu la sortie des nouvelles Barbies aux multiples mensurations et couleurs de peau pour en acheter à ma fille. Si elle joue avec toutes, je constate tout de même dans ses réflexions qu’elle est déjà imprégnée d’un vision normative des corps. Je mets donc régulièrement le sujet sur la table pour la faire réfléchir et l’aider à accepter et à apprécier la diversité. Mais c’est dur de lutter. Je suis moi-même restée très longtemps influencée par les magazines féminins et j’ai d’ailleurs tellement intériorisé cette norme que j’ai mis longtemps à trouver beaux des corps différents.
  • Mixer les jouets étiquetés « filles » et ceux étiquetés « garçons ». Ma fille a des figurines Little pony mais aussi un circuit de train. Elle a des poupées mais aussi un camion de pompier. Elle a une dinette mais aussi des engins de chantier. L’important étant qu’elle s’approprie aussi des univers considérés comme « masculins » et ait une représentation la moins binaire possible des goûts et des compétences. Mais il est vrai que lorsque les copines viennent à la maison, c’est la ruée sur les jouets « de filles » (poupées, barbies et costumes de princesse), et uniquement sur ceux-ci…
  • Proposer des jouets et activités scientifiques aux filles, comme un globe terrestre ou un puzzle du corps humain. Parce que la science n’a pas de genre, même si les sciences et les mathématiques continuent à être perçus comme masculins et que les filles, pourtant douées en sciences à l’école, sont très minoritaires à se destiner à des carrières d’ingénieures.

Et vous, êtes-vous attentif.v.es aux jouets que vous offrez à vos enfants (et à  ceux des autres) ?

Pour aller plus loin

https://marredurose.olf.site/ (site d’Osez le féminisme et des Chiennes de garde)

http://publisexisme.samizdat.net/Catalogue.pdf

http://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/contre-les-publicites-sexistes

 

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