réflexions

S’ouvrir à soi, se fermer aux autres

Je reviens aujourd’hui avec une interrogation dans la lignée de mes réflexions sur le développement personnel dont je vous parlais dans cet article.

Je lis et entends régulièrement l’idée que, pour se sentir bien, pour être heureux, il faudrait se fermer aux émotions et informations négatives. Ne plus écouter les informations, ne pas lire d’essais ou de romans évoquant des sujets tristes ou anxiogènes, ne pas regarder de films et documentaires mettant en scène misère, violence, deuil, etc. L’idée serait de se débarrasser des « énergie négatives ». Cela impliquerait donc forcément de ne pas fréquenter de personnes dépressives, de ne pas épauler d’amis traversant une passe difficile, d’ignorer les oppressions et injustices sociales, de rejeter les émotions telles que la colère, la tristesse, la déception. Tout un programme de contrôle et de construction d’une bulle où, comme les enfants, on se construirait un monde imaginaire qui nous protège du monde trop compliqué ou trop rigide des adultes.

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Mais peut-on vraiment mener une vie d’adulte et faire grandir nos enfants dans un environnement totalement déconnecté de la réalité qu’est notre vie et le monde dans lequel nous la menons ? Peut-on être heureux sans expérimenter le malheur ? Peut-on mener une vie libre et épanouissante sans faire face au monde et à la société tels qu’ils sont réellement, ont été, et seront peut-être dans le futur ?

Dans le cas d’un égoïsme pathologique, oui bien sûr. Mais finalement, cette question renvoie plus largement à l’aveuglement dont nous savons faire preuve lorsque cela nous arrange et que cela nous conforte dans notre vie bien réglée. Ne pas (sa)voir quelque chose permet de nier que cela existe, de ne pas le conscientiser, de ne pas avoir à composer avec. Le véganisme et la manière dont la majeure partie de notre société occulte les violences faites aux animaux en est un exemple frappant, de même que la question environnementale qui remet en cause nos modes de vie et surtout de consommation. Refuser de s’intéresser, de questionner et de s’inquiéter de l’usage des pesticides dans l’agriculture permet de considérer ceux qui mangent bio comme des bobos et de continuer à s’alimenter à bas coût pour pouvoir changer de smartphone tous les 6 mois. Je prends ici un exemple caricatural (mais finalement pas tant que ça) où les freins au bio ne seraient pas un manque de moyen mais des choix de consommation.

Je me suis finalement éloignée du titre de mon article, mais pour y revenir, on peut dire qu’on touche ici à un écueil du développement personnel, celui d’exacerber la conscience de soi et sa propre intériorité en minimisant la place de l’autre, ou en ne lui accordant de place que s’il est en phase et en harmonie avec une « énergie positive » qui serait une sorte de graal du bien-être et de l’épanouissement personnel.

Ne serait-il pas plus productif d’œuvrer, chacun à notre niveau, pour une société et un monde plus juste, plus compassionnel, plus éthique, plus respectueux, et de se soucier enfin de notre prochain et des générations futures ?

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